11 février, 2018

La phobie sociale !


Je m'entretenais hier avec un confrère de thérapie. Je crois que personne ne croit moins que moi à l'idée de thérapie alors que c'est mon métier. Dans la plupart des cas, ce que l'on nomme thérapie n'est que le désir de ressembler à la personne que l'on a choisie, le psy, afin qu'il nous éclaire sur la manière de mener notre route en triomphant des obstacles. C'est en tout cas ce que j'ai fait en mon jeune temps. A l'heure ou les process envahissent tout, je suis toujours amusé par la volonté nord-américaine de standardiser les thérapies. 

Aujourd'hui je dois constater que parfois il m'aura fallu une séance pour changer la vie d'une personne, alors même que dans certains cas je ne sais vraimant pas ce que j'ai pu dire de génial. Alors qu'à l'inverse, je reçois des gens qui n'ont rien au sens psychopathologique, mais qui apprécient simplement d'avoir une fois par semaine ou toutes les deux semaines, un espace où ils peuvent discuter sans fard ni masque. 

En revanche, je crois que les thérapies ont toutes leur place pour le traitement des phobies. J'adore les phobies ! Non que je me repaisse de leur souffrance bien entendu, je n'ai rien d'un monstre. Mais simplement qu'il m'amuse d’apparaitre comme un magicien alors que traiter une phobie relève à mon sens d'un process total, même si l'alliance thérapeutique est nécessaire.

En revanche, et j'étais d'accord avec mon jeune confrère, s'il est une phobie qui résiste, c'est bien la fameuse phobie sociale. Je crois, tout comme lui, que la phobie sociale n'est qu'un fourre-tout, dans lequel vont coexister des individus atteints de troubles sévères comme de simples grands timides, des hyper-émotifs, voire des gens maladroits.

Quand on m'adresse un patient pour "phobie sociale", je reste toujours sur mes gardes. Parce qu'avoir peur du contact avec les autres relève d'un processus multi factoriel. Les cas les plus simples sont les gens complexés. Réduire un complexe d'infériorité ce n'est pas si compliqué que cela. Après tout Cyrano dans la célèbre tirade du nez, nous en donne un bon exemple. J'ai un grand nez et je vous emmerde, voilà à quoi cela pourrait se résoudre.

Viennent ensuite les gros cons et vous me pardonnerez cette vilaine manière de catégoriser certaines personnes. Mais vous admettrez, parce qu'on en a tous connu, qu'être hautain, méprisant ou désagréable ne peut que susciter le rejet. Quand on fait de la merde, on en ramasse en retour : qui sème le vent ramasse la tempête. C'est aussi simple que cela. Là, on serait plutôt dans l'affirmation de soi. 

C'est ensuite que cela se complique. Parce qu'entre les personnalités pathologiques, les syndromes résiduels de schizophrénie ou les schizophrènes, nombreux sont les individus pour qui l'échange avec autrui devient une torture. Là, j'interviens au cas par cas. C'était un juene homme atrocement timide. Une fois que j'ai pu nouer une vraie relation thérapeutique, je lui ai dit que jamais je ne le débarrasserai vraiment de cette timidité mais qu'en revanche, je pouvais lui apprendre à ne pas avoir peur des gens en leur expliquant simplement combien il était timide. Et effectivement, quatre vint pour cent des gens étant bienveillants il a constaté que ceux ci se mettaient au diapason.

C'est aujourd’hui quelqu'un que je connais très bien et que j'ai pu voir dans un cadre privé. On a des échanges tout à fait agréables et normaux. Et les gens le trouvent charmants. Parfois il me dit qu'il est bizarre et je le rassure qu'avec ma profession, la bizarrerie est ma norme.

Une autre fois, c'est un type brillant ayant un statut professionnel envié qui m'a avoué que dans certaines situations, si je n'étais pas là, à coté de lui, il n'oserait pas parler aux gens. J'étais étonné dans la mesure où je l'ai vu discuter avec brio avec tout un tas de personnes. Mais, effectivement, sa sensibilité est telle qu'elle confine à l'hyper-émotivité. J'avoue sans complexe ma grande sensibilité ; j'en ai fait un métier. Mais à coté de lui, j'ai l'impression d'être un tractopelle à côté d'un biscuit de Sèvres. Rien dans sa vie n'explique qu'il soit ainsi. Il l'est. C'est tout. C'est étonnant qu'il soit venu consulter quelqu'un qui puisse être aussi "cash" que moi dans ses propos. Sans doute, son hyper sensibilité lui a t elle fait distinguer quelque chose qui lui convenait derrière mes rodomontades. 

Bref, une fois qu'on a dit que la phobie sociale ou anxiét sociale était due à une mauvaise évaluation des situations sociales qui font naitre une peur injustifiée, on n'a rien dit. Faut aller plus loin et soulever le capot.

Bref autant je doute parfois du bienfondé des thérapies autant je suis persuadé que la phobie sociale est un gros fourre-tout et une vaste arnaque. Si on vous colle ce diagnostique à l'emporte-pièce demandez pourquoi et approfondissez. Et si vous êtes un jeune confrère qui me lit, méfiez vous si on vous en adresse un !

Dandysme ou grève du zèle !


Je suis stupéfait de constater dans ma clientèle que les éléments les plus brillants sont "en réserve de la république"; se contentant de fonctions subalternes dans lesquelles ils visent surtout à maximaliser leur taux horaire.

Aucun de ces THQI, comme on doit les appeler maintenant, ne semble vouloir se diriger vers des fonctions prestigieuses ou des emplois nécessitant l'encadrement d'autres personnes. Chacun d'eux semble avoir bâti sa petite thébaïde d'où il ne souhaite pas sortir. Il s'agit généralement de postes sans gloire mais relativement bien rémunéré dans lesquels ils se sentent à l'aise au bout de deux mois, ce qui ne réclame de leur part pour fonctionner que d'utiliser trente pour cent de leurs capacités intellectuelles.

Et les soixante-dix pour cent restant me direz vous ? Et bien le reste de leur intelligence se dissipe en occupations diverses et variées. Ce que je nomme pour ma part mes lubies. Cela va de l'apprentissage du théorbe pour l'un d'eux à la maitrise de l'aztèque pour un autre à moins que ce ne soit la perte de temps sur des forums divers et variés.

Pas un ne s'engage en politique même si tous s'y intéressent. Non, tels des chiens ou des chats de races dédaigneux, ils approchent leurs truffes délicates de ce que leur offre la société avant de s'en éloigner prestement, offusqués qu'on ait pu leur proposer pareille pitance.

Ne méprisant aucunement autrui mais se résignant à sculpter leur individualité, mes THQI, tels des dandies de la belle époque adoptent une grandeur sans conviction. Se détournant de se ce monde matérialiste et bourgeois qui ne saurait les contenter, ils se résignent à vivoter chichement, se contentant de picorer ça et là quelques miettes de plaisirs intellectuels.

Comme le dit fort justement Baudelaire : « Le dandysme apparaît surtout aux époques transitoires où la démocratie n’est que partiellement chancelante et avilie ». Baudelaire ajoute ensuite : « dans le trouble de ces époques quelques hommes déclassés, dégoûtés, désœuvrés, mais tous riches de force native, peuvent concevoir le projet de fonder une espèce nouvelle d’aristocratie (…) le dandysme est le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences ». 

C'est évidemment très joliment dit et assez juste. Aucun d'eux ne saurait répondre aux critères de dépression tels que les envisage l'imparfait DSM. J'ai parfois l'impression qu'ils viennent me voir pour se rassurer de n'être pas unique ou totalement inadaptés. Et sans doute que ma manière de les traiter, sans jamais les juger, fait que je réussisse assez bien avec cette curieuse mais charmante clientèle. 

Dédaignant autant les postes de mercantis cupides autant que ceux de consultants stupides, ils errent dans la vie à la recherche d'un port. Ce port n'est bien souvent qu'une anse plaisante à l'abri des vents ou des courants de l'époque; dans laquelle ils passeront leur vie. Sans doute que chacun d'eux attend secrètement La mission qui vaudrait la peine d'appareiller et d'atteindre la pleine mer. Mais comme elle ne vient pas, ils se contentent de survivre. 

Leur vie n'a rien d'un calvaire ! Suffisamment intelligents et structurés, ils font en sorte de se mettre à l'abri du moindre risque comme du oindre coup d'éclat. Un toit sur la tête, de la nourriture dans leur assiette et les voici contents pourvu qu'ils puissent disposer de temps pour mener à bien leurs recherches singulières. Car finalement, la seule richesse qu'ils amassent et capitalisent, la seule qui ait de la valeur à leurs yeux, c'est le temps.

Comme me le disait hier un de ces jeunes THQI, tout juste âgé de vingt-sept ans : "Les éléments brillants ne veulent plus utiliser leurs ressources pour porter sur leur dos un monde d'ingrats autosatisfaits. Dès lors, ils prennent un peu de plaisir à le saboter, et espèrent secrètement qu'au bord de la mort, les ingrats sauront enfin les appeler".

J'ai trouvé ça très juste. Que puis-je pour eux ? A la vérité pas grand chose puisqu'ils ont parfaitement compris le fonctionnement du monde. Lucides à l'excès, je ne peux exiger d'eux qu'ils accèdent à la cécité pour jouer un jeu qu'ils exècrent. Alors je discute, je peux parfois les rassurer. Il m'arrive aussi de les mettre en rapport les uns avec les autres afin qu'ils constatent qu'ils ne sont pas uniques et que ce qui apparaitrait comme de la bizarrerie pour beaucoup est une norme dans certains groupes.

Je crois que je dois beaucoup de mon équilibre mental à leur fréquentation. Ils sont aussi intelligents qu'ils sont apaisants. Ne rien chercher est une saine quête.

Sur ce sujet, voici un joli texte érudit sans être pesant. Après la "grandeur sans conviction", l'idée d'une "magnificence tragique" est plutôt bien trouvée.

05 février, 2018

Trucs et choses et perplexité !


Je discutais avec Le Touffier de je ne sais plus quoi et je lui ai dit ceci : les gens masquent souvent des choses bien pour mettre en avant des choses nulles. Lui il a trouvé ma réflexion géniale et sans doute que dans le feu de la conversation, ça l'était. Mais pourquoi ai je dit cela à cet instant précis, je ne m'en souviens pas. 

J'en dis souvent des trucs bien, je ne raconte pas que des conneries. Mais comme je suis équipé en standard d'un canon à trucs bien, j'envoie un paquet de réflexions super intéressantes à un rythem soutenu. De là, à me souvenir de toutes ou des circonstances dans lesquelles j'ai été amené à les dire, il y a un pas.

Alors oui, ce matin j'ai pu dire que trop souvent les gens masquaient des choses bien pour mettre en avant des trucs nuls. Je l'ai pensé puisque je l'ai dit. Je ne sais plus pourquoi.

Cet article n'a ni queue ni tête parce que c'est Le Touffier qui m'a dit que je devais absolument rédiger quelque chose à partir de cette réflexion. Et comme il m'aurait traité de fainéant si je ne l'avais pas fait, je l'ai fait.

Alors voilà, je le dis et le redis : trop souvent les gens mettent en avant des trucs nuls et masquent des choses bien. Sachant que trucs et choses sont interchangeables et que j'aurais pu dire que trop souvent les gens mettent en avant des choses nulles et masquent des trucs bien.

Je l'ai dit, je ne sais plus pourquoi. Si la réflexion vous semble intéressante, elle est libre de droit et vous pourrez vous l'approprier. Au cours d'un déjeuner par exemple; vous pourrez d'un air entendu dire que trop souvent les gens mettent en avant des choses nulles et masquent des trucs bien. Et là vous marquerez des points.

Ceci à force de répéter cette formule, je crois me souvenir des raisons pour lesquelles j'ai été amené à la formuler. Oui, je crois que les gens ont peur d’apparaitre comme des gens bien. Ça devait être ça, juste ça. Pas de quoi s'en relever la nuit. A moins que je ne sois tellement habitué à proférer de grandes vérités que je ne m'étonne même plus de mon génie.

Tel l’albatros moi aussi je plane, profitant du vol de gradient ! Tiens le vol de gradient, c'est pas non plus un truc facile à saisir !

Douance toujours la douance !


Tiens j'ai reçu un THQI, c'est à dire un type doté d'un trè shaut quotient intellectuel. C'est sympa. J'ai l'impression de jouer au tennis avec un champion. Quelle que soit la balle qu eje lui envoie, derrière le filet ou fond de courts, il me la renvoie.

Un jour je lui ai dit qu'il était évidemment surdoué. Lui, il ne trouvait pas. Il trouvait que même s'il se débrouillait bien dans la vie, il n'avait pas pour autant une carrière mirifique ni une réussite inouïe. Pas comme Le Touffier qui lui est chirurigien par exemple, ce qui est encore mieux que commandant de bord à Air France. 

Sauf que si on proposait à un vrai surdoué de devenir chirurgien, il ouvrirait un oeil rond en se demandant pourquoi il va passer sa vie à ouvrir des gens tout en admettant que c'est un métier fort utile. Idem s'agissant de commandant de bord. Le surdoué trouverait saugrenue l'idée qu'il puisse plusieurs fois par semaine faire décoller puis atterrir un avion et trouver cela merveilleux. Pourquoi pas chauffeur de bus ? A la limite il préférerait chauffeur de bus, nonobstant le salaire moins important que celui de pilote, parce qu'au moins ça se pratique pas loin de chez soi. 

Le THQI n'a pas d'aversion pour le travail mais pour la routine. C'est pour cela qu'il n'est pas très à l'aise dans concours pour lesquels on demande aux gens de se préparer durant une à deux années. Le THQI est plutôt un papillon butinant une fluer puis une autre et amassant les connaissances comme le lépidoptère, le nectar de son charmant proboscis. D'ailleurs plus on est intelligent moins on aura de chance aux concours à moins d'être pris en main par des parents durs et intransigeants vous élevant comme un cheval de course ou vous éduquant comme un pianiste chinois.

Le THQI est donc un butineur et non un goinfre ! C'est un individu avec lequel on peut parler de tout et rien. C'est l’honnête homme ! Rappelons qu'au XVIIème siècle, l'honnpete homme est celui qui possède une culture générale étendue et des aptitudes sociales propres à le rendre agréable pour se montrer humble, courtois et cultivé mais aussi pour pouvoir s'adapter à son entourage.

C'est justement ce que je lui ai dit. Alors qu'il se trouvais éminemment normal, je lui ai répondu que seuls les sots étaient persuadés d'être intelligents. Et que celui qui l'était vraiment, vivait son intelligence comme l'oiseau ses ailes, comme une fonction parfaitement intégrée dont il n'y a pas d'orgueil à tirer. Seul le laborieux tire une gloire de son intelligence. Le THQI c'est celui qui vous reçoit et en peu de temps, trouve le vin le plus adapté, là ou le laborieux vous fera les honneurs de sa cave en étalant ses dernières acquisitions en ne manquant pas d'en rappeler le coût !

Enfin, ce qui distingue le THQI du HQI, c'est l'esthétique. Il y a une véritable esthétique de l'intelligence. Une souplesse, une grâce dans les raisonnements qui font que le THQI retombe toujours sur ses pieds là ou le type simplement intelligent a besoin d'un plan pour vous asséner sa vérité dans les dents. L'intelligence du THQI c'est Fred Astaire et Ginger Rogers en train de danser, pas un faux pas, pas une seule seconde l'impression qu'il y a du travail derrière tout cela. C'est le goéland qui plane des centaines de kilomètres en pratiquant le vol de gradient, sans effort apparent. Le THQI c'est le type qui se permet de se montrer génial sans s'en rendre compte et en s'en excusant presque.

On en était là, quand il m'a dit qu'il aimerait bien passer un test. Comme je ne le fais pas moi-même vu que cela me saoulerait, je l'ai envoyé chez une petite neuropsychologue que l'on m'a conseillée et qui fait cela très bien. 

Et un soir il est revenu dans mon cabinet avec le résultat du test : 150 ! Je ne m'étais pas trompé. Je me suis demandé si je n'allais pas me spécialiser dans les THQI vu que je m'entends bien avec eux, même si je suis moi-même un gros boeuf, et que c'est un sujet porteur.

Et puis je me suis dit que non. Parce que la douance est un sujet tellement à la mode que je risque de voir débarquer dans mon cabinet des gens qui n'en ont pas une once mais sont persuadés d'être des pépites. Et je n'ai pas envie que ma pratique ressemble à La Nouvelle Star et que je fasse passer des auditions à des chèvres persuadées d'être les stars de demain.






 




esthétique de l'intelligence

L'écoute !



Une fois, on déjeunait avec Le Touffier en compagnie de deux de mes patients, deux Nicolas. Outre le fait qu'ils portent le même prénom, les deux se distinguent par un TDAH avéré. Ce sont de vrais hyperactifs et de vraies mitrailleuses. J'en avais un à droite et un à gauche et les deux ne cessaient de parler à toute vitesse avec de grands gestes.

A un moment donné, Le Touffier m'a demandé comment je faisais pour supporter un tel bombardement. Je lui ai répondu que c'était sympa, que j'avais l'impression d'être Ben-Hur dans son char entraîné par deux chevaux piaffants et hennissant. C'est vrai que c'était l'impression que j'avais. Les deux sont tellement bourré de vitalité qu'ils en devenaient saoulant mais comme je sais m'y prendre avec eux et que je suis un bon gars, je maitrisais assez bien la situation. J'avais l'impression de faire le tour du Colisée avec mon attelage furieux.

Alors Le Touffier qui n'est pas la moitié d'un imbécile vu qu'il est chirurgien, m'a demandé si je parvenais à écouter ce qu'ils disaient vu le flot ininterrompu de paroles qu'ils proféraient. Je lui ai répondu que non, que je ne les écoutais pas vraiment ou à la limité un mot sur dix et que cela suffisait. Parce que s'il fallait perdre son temps à écouter les patients, je n'en aurais pas fini de m'emmerder.

C'est assez drôle que j'aie pu dire ça vu que l'essence même de ma profession est d'écouter les gens, ce que je fais assez bien. D'un autre côté, je ne vous cacherai pas qu'ils racontent tous la même chose. Alors que faut il faire, écouter ou non ? 

Comment vous répondre ? En fait, bien sur que j'écoute les gens et même que c'est le principal reproche que je fais à certains confrères en leur reprochant de classer trop vite les gens dans des boites alors qu'il suffirait de les écouter.

Bref je suis le mec qui n'écoute pas toujours ou imparfaitement alors même que je pense que l'écoute est le fondement de notre profession. Comment réduire cette inéquation ? Comment rendre intelligible ce qui apparait comme un syllogisme.

J'en parlais justement jeudi avec Jean-Caribou, un patient émigré au Québec, venu en France pour faire un tour et qui ne manque jamais de venir me voir à cette occasion. On parlait justement d'écoute et je lui soumettais cette curieuse attitude que je peux avoir, qui fait que je n'écoute pas toujours les gens tout en promouvant l'écoute. J'avais l'impression que j'étais le mec capable de dire qu'il faisait nuit et jour en même temps tout en étant persuadé que ce que j'exprimais était véridique. Parce que parfois, je pense des trucs qui sont pour moi d'une logique absolue alors que cela n'apparait pas comme tel aux autres. J'ai l'habitude de dire que je me comprends et que c'est le principal.

Et voilà que Jean-Caribou saisit parfaitement ce que je veux lui dire et m'explique que là-bas au pays des grands espaces blancs, il a pour ami un vieux psy qui frise les quatre-vingt balais qui lui a expliqué qu'il n'écoutait qu'avec les patients il n'écoute pas ce qu'ils disent mais ce qu'ils sont. J'ai trouvé la formule jolie et totalement adaptée à ma pratique.

C'est vrai que je me suis toujours vu en tailleur de pierre. En fonction de la structure et de la forme je sais à peu près ce que je vais pouvoir faire de la personne en face de moi. A partir de là, les gens me parlent et c'est bien normal et je retiens ce que je veux et c'est aussi normal.

J'écoute ce qu'ils sont et non ce qu'ils disent. Ça fait cucul sorti tout droit d'un séminaire de coaching mais c'est assez juste comme formule. Je la ressortirai un peu honteux parce que je trouve cela aussi juste juste que c'est cucul.

M'en fous, suis sur qu'il y en a qui trouveront ça super et qui se diront que j'ai tout compris. C'est le principal : l'effet qu'on a sur les gens.

La faille !


Un médecin vient de m'adresser un petit gars bien comme il faut, commissaire aux comptes dans l'un des plus grands cabinets du monde, un cabinet que tout le monde connait et dont je tairai le nom. Un des big four même si quand j'étais jeune, on parlait de big six parce qu'il y en avait six évidemment. Et puis, je ne sais pas qui a fermé ou bouffé l'autre, toujours est-il qu'ils ne sont plus que quatre. 

Même que quand j’étais jeune et fraichement diplômé, on était vachement incité à aller bosser dans ces entités, sous prétexte d'apprendre à bosser à l'américaine avec plein de process. Même que je n'ai jamais eu envie d'aller bosser dans de telles boites. Tout jeune, je n'étais déjà pas très carriériste. Ou disons que je me serais bien vu associé directement vu que j'avais compris comment ils s'y prenaient pour faire bosser les jeunes. Notamment ceux issus des ESC ou de Paris IX qui étaient de vrais futurs esclaves.

Moi, j'étais pas trop preneur de l'ambiance américaine et de leurs grades à la con, junior, senior, directeur de mission, etc.Alors je n'ai jamais postulé. Est-ce une erreur ? Disons qu'aujourd'hui je serais mieux intégré socialement mais je ne serais pas moi.

Alors ce petit gars arrive et m'explique qu'il a un vrai problème avec l'un des associés du cabinet pour lequel il travaille en direct. L'associé a trente-sept ans et est diplômé d'une école d'ingénieur et se prend pour Dieu le père. Bref, c'est un cas classique de personnalité narcissique, le mec fort avec les faibles et faible avec les forts, l'une de ces petites merdes qui hantent tous les bureaux de la planète.

J'explique à mon patient comment le truc fonctionne et je lui lis les critères du DSM pour qu'il sache que la psychopathologie connait très bien son associé et son fonctionnement. C'est déjà rassurant pour lui de voir qu'il n'est pas perdu dans une contrée inconnu mais juste le jouet d'un gros narcissique.

En résumé le narcissique c'est juste un clampin qui a un sens grandiose de sa propre importance et va exploiter l'autre dans les rapports interpersonnels. Psychopathologiquement c'est grave parce que ça se traite difficilement et humainement, c'est juste une merde.

Rajoutons que le narcissique est amoral par essence. Il n'a aucune loyauté envers qui que ce soit et n'est dicté que par deux choses : son intérêt et la peur. Il ira toujours dans le sens de son intérêt jusqu'à ce que la peur ne l'en dissuade. C'est un petit prédateur.

Rajoutons que certains narcissiques ont les moyens de l'être parce qu'ils sont vraiment intelligents. C'est donc un petit prédateur intelligent et non un gros balourd. C'est tout l'intérêt de la chose. Parce que le narcissique calcule vite et bien et qu'il sait fort bien à qui il s'attaque. Il pratique la communication asymétrique et si vous êtes pris dans ses rets, il y a toute les chances pour que vous vous soyez comporté comme le roi des soumis en vous agenouillant devant lui. C'est ainsi : certaines personnes nous semblent grandes que parce qu'on est à genoux devant elles.

La règle serait que dès qu'un narcissique vous colle une claque, vous lui mettiez une droite. Vous allez voir qu'il changera vite de victime. Le narcissique ne s'attaque qu'à l'animal le plus faible du troupeau. Si vous avez de vous, l'image d'un petit gros pas sexy et moyennement intelligent, vous serez une proie. Changez l'image que vous avez de vous et vous cesserez de lui être asservi.

Ajoutons qu'il y a le narcissique classique, qui est ainsi sans s'en rendre compte et dont on peut triompher et puis le modèle au dessus, chez qui se superposent des traits sociopathiques. Dans ce cas, non seulement le narcissique se conduira comme une merde mais en plus il y prendra plaisir. On nomme ceux là des pervers narcissiques. C'est un terme que j'emploie rarement parce qu'il a été terriblement galvaudé ces dernières années. Un vrai pervers narcissique, c'est quelqu'un de vraiment méchant pas simplement quelqu'un qui s'oppose à vos désirs.  

Alors avec mon petit patient on a fait le tour de la question. Il a admis qu'il avait de beaux diplômes et une belle expérience professionnelle et que même s'il venait à perdre son travail, il en retrouverait un facilement. Il fallait qu'il cesse de se vivre comme un ouvrier sidérurgiste lorrain dans les années quatre-vingt. Non mon petit bonhomme, tu ne risques rien. Arrête de te mettre à plat ventre. Au pire si tu es licencié, tu trouveras demain un autre job.

C'était sa vraie faille. Le fait qu'il soit absolument persuadé que pour être un petit gars bien il faille respecter à tout pris sa hiérarchie et l'entreprise. Bien sur que c'est bien d'être un bon petit gars plutôt qu'un gros sociopathe. Mais bon, il y a des limites. On peut jouer à un jeu si tout le monde applique les mêmes règles. Si les règles changent au gré des désirs de votre boss, ce n'est plus un jeu mais du sadisme. Or les pervers narcissiques adorent faire varier les règles du jeu. Ils demandent rouge et vous donnez du rouge mais ils vous assureront qu'ils avaient exigé du bleu. C'est pervers mais plutôt idiot. Bien sur le pervers narcissique ne se présente pas sous les traits d'un vilain aux crocs acérés. Pour vous mettre en confiance, il sait vous charmer voire vous flatter. Comme disait nos grand-mères, il est trop poli pour être honnête.

Quand le conformisme cède face à l'analyse des faits, on est mur pour se faire harceler par ce genre de pervers narcissiques. Alors qu'il suffirait de lui dire : non tu m'avais dit rouge je te l'assure.Le type tenterait bien de vous dire qu'il vous avait dit bleu mais il ne faut pas se laisser désarmer mais répéter : non tu m'avais bien dit rouge. A la longue le gars se lassera. Répéter cela deux ou trois fois, et il comprendra que vous n'avez rien d'une victime.

C'est facile à dire mais moins à faire bien sur. J'ai donc aidé mon petit patient à relativiser. Déjà par rapport à l'âge de ce fameux associé. Pour lui, c'est un chef et pour moi, juste un trou du cul de trente-sept ans. Je lui ai donc répété des dizaines de fois en lui serinant que pour faire péter les galons de cette sorte il fallait vraiment être une "petite bite". C'est important de ridiculiser la "cible" parce que c'est justement d'un faux prestige que le pervers narcissique tire son emprise. Or comme aurait dit Montaigne, aussi que l'on soit assis, on ne l'ai jamais que sur son cul. Faut donc relativiser. L'associé en question n'est ni Hitler ni Staline, juste un jeune associé d'un grand cabinet d'audit. On est tout de même loin du chef de guerre ou du tueur en série. C'est juste un mec qui a audité des boites et qui s'étant révélé un peu plus malin à su se vendre aux voyous qui dirigent le cabinet. Il n'est certes pas idiot, loin de là, mais surtout malin bien plus que dangereux. 

Les séances suivantes ont été dédiées à apprendre à dire non dans le respect des règles. Par exemple, quand mon patient rentrait de province où il avait été auditer une boite et que l'autre raclure lui disait le vendredi soir de passer au bureau, il a fallu dire non, qu'on se verrait lundi. Alors évidemment l'associé n'a pas lâché et il a suffit à mon patient de dire que c'était bon qu'il n'y avait aucune urgence vitale et que personne n'allait mourir. De dire bonsoir et de raccrocher. L'autre l'avait déjà dans l'os.

Ensuite quand l'associé fait des demandes sortant du cadre de la mission de mon patient, il faut aussi dire non. Par exemple il lui a récemment demander d'appeler untel parce qu'il n'était pas content de son boulot. Mon patient lui a juste dit de le faire lui-même parce qu'il n'était pas son "assistante" avant de quitter le bureau. Encore une fois : strike ! 

Et de multiplier ainsi les petits "non" de manière a regagner le terrain perdu. Il s'agit de le faire tout en étant irréprochable sur son boulot. Parce que vous vous doutez bien que le pervers narcissique vous attend au coin du bois. Comme mon patient est du genre perfectionniste, aucun risque de ce côté là. Avec ce genre d'individu, il faut être factuel et dichotomique. Blanc ou noir et rien d'autre. Toute nuance serait exploitée.

Au fil des semaines, c'est devenu un jeu ! Comment multiplier les "non" à l'associé sans risquer sa place. Et ébahi, mon petit patient a constaté que ça marchait. Il suffisait de dire "non" pour que l'autre le lâche. Bien sur il tentait de passer en force et dans ce cas il suffisait de redire encore et toujours "non" gentiment. Petit  à petit, l'autre a fini par le lâcher. Comme je lui expliquais, un pervers narcissique c'est comme un immeuble hausmannien dont aurait conservé les façades classées et détruit l'intérieur. C'est du vide, du que dalle, c'est pour ça qu'il se nourrit de la terreur qu'il engendre chez ses subordonnés. Un pervers narcissiques si vous poussez bien, ça s'effondre.

Afin de parfaire le travail, j'ai dit à mon patient qu'il devrait s'initier à la boxe. Et comme il ne savait pas où faire ça, je l'ai recommandé auprès de l'aîné de mes filleuls : l'officier. Je le surnomme l'officier parce qu'il a du maintient et un petit côté rigide amusant. On le verrait bien dans la cavalerie, se promener raide comme un I avec un stick sous le bras à passer la troupe en revue.

Ceci dit, bien que rigide, il est très sympa et c'est un bon moniteur de boxe.Il vous apprend à tenir une garde et à rendre les coups. Et quoiqu'on en dise, la boxe c'est un peu l'apprentissage de la vie. Mon petit patient y va cette semaine et j'attends beaucoup de cette initiation. Qu'il se découvre un corps et non seulement un cerveau mais aussi la capacité à rendre les coups. Et une fois qu'il aura saisi ça, je ne donne pas cher de la peau de son associé ! 

Moi je suis un bon gars empathique. Je souffre avec mon petit patient. Quand il me parle des avanies qu'il vivait, je souffrais avec lui et je n'avais qu'une envie, aller causer à son abruti d'associé. Bien sur que je ne peux pas faire ça. Alors je me contente de l'entrainer au combat de manière à être enfin respecté.

Je déteste les personnalités narcissiques. Et pour s'amuser, la vidéo suivante :


29 janvier, 2018

A mon vieux maître et ami !



Je voulais préparer cet éloge funèbre et puis je me suis souvenu que j'étais bien meilleur dans l’improvisation que dans le travail préparé. C'est d'ailleurs tout mon drame. Sinon, j'en aurais passé et réussi des concours, et des difficiles. Et ce n'est pas un modeste psychothérapeute qui écrirait mais un PUPH (chef de service) en psychiatrie avec son nom sur sa place de parking. Sauf que je n'aurais pas eu le temps, ni sans doute eu envie d'écrire. Bref ce chef de service, bardé de diplômes et de prestige aurait été un autre moi auquel je ne veux pas ressembler. Je m'aime assez tel que je suis, plein de promesses non tenue, de talents inexploités, de départs fulgurants jamais suivis d'arrivées en triomphe. Depuis très jeune, j'ai choisi mon épitaphe : il aurait pu si bien faire. Cela me permet de regarder ceux qui ont bien mieux réussi que moi du haut de ma tour d’ivoire en pensant : les pauvres heureusement que je n'ai pas donné toute ma mesure sinon je les aurais enterrés vivants ! Ma glandouille perpétuelle et mon incapacité à entreprendre sont des présents que Dieu a offert aux médiocres pour qu'ils aient une petite chance de briller. Mais assez parlé de moi !

Mon cher Pierre, mon vieux maitre et ami, nous a quitté le vingt-deux décembre dernier. J'en ai été très attristé. Il était né en 1931, soit deux ans après mon père. N'allez pas imaginer qu'il fut pour moi un autre père. Je ne mange pas de ce pain là. Je peux reconnaitre le talent et l’importance de quelqu'un dans ma vie sans avoir le besoin de le prendre pour mon père ou mon grand frère. C'est sans doute pour cela que j'ai toujours été rétif à l'analyse. Il était cependant le dernier de ceux nés avant-guerre dont j'étais proche. C'est une génération qui s'éteint. Petit, j'ai connu des héros de 14-18 puis ceux qui avaient connu l'occupation allemande. Aujourd'hui, c'est juste un monde disparu.

Pierre avait été mon psychanalyste à une époque où je me cherchais. Je ne savais que faire de ma vie et pour paraphraser Verlaine, "Lasse de vivre, ayant peur de mourir, pareille au brick perdu jouet du flux et du reflux, mon âme pour d'affreux naufrages appareillait". Je ne connaissais rien à la psychologie et encore moins à la psychanalyse et c'est dans son cabinet que j'échouais un beau jour de 1993.

J'y échouai par hasard, après avoir vu cinq ou six confrères dont aucun ne m'avait emballé. Je ne savais rien de Pierre. J'avais juste son adresse. Je restai juste parce qu'il y avait un Figaro sur sa méridienne et que l'ordre qui régnait dans les lieux rendait en comparaison mon bureau digne d'un comptable obsessionnel. Depuis j'ai appris qu'il fallait se méfier des bureaux trop bien rangés et qu'à contrario, un endroit bordélique laisse augurer un esprit qui fonctionne bien. A cette époque je ne faisais que l'intuiter.

L'analyse jungienne que l'on était sensé faire ensemble dura cinq ans qui passèrent très rapidement. Bien sur au bout de deux ans j'avais déjà rué dans les brancards, estimant que Jung avait dit des tas de choses intéressantes mais d'une médiocre utilité en ce qui concernait mes tourments. Loin de s'alarmer, Pierre s'adapta à moi et nous eûmes des discussions à bâtons rompus. J'avais beau savoir, parce qu'il ne le cachait pas, quels étaient ses points faibles, Pierre me fascinait. Il me fascinait non par ses qualités de psy, parce que dans les faits il était plutôt médiocre, mais par ses qualités humaines. Moi qui étais sans cesse au bord de l'orgueil, prêt à y céder au moindre prétexte, j'avais en face de moi un vieux psychiatre érudit, bardé de reconnaissance et d'une simplicité etonnante. C'est je crois l'immense qualité qu'avait Pierre. Quelle que soit son interlocuteur, il savait le mettre en valeur et lui donner à penser qu'il était unique.Et ce n'était pas un truc de psy, c'était sincère. Pierre était un homme profondément bon comme j'ai eu peu l'occasion d'en rencontrer, une sorte de saint ordinaire, n'ignorant rien de ses péchés mais tentant chaque jour de s'améliorer.

Autant vous dire que le grand Philippe, le roi des succès faciles et des admissions parallèles au concours en a pris plein la figure. Je me savais bon et doué sur des tas de choses mais Pierre m'a donné une grande leçon d'humanité et d'humilité. 

Lorsque j'ai ouvert mon cabinet, je l'ai gardé en référent. Référent est un bien grand mot puisque je me suis toujours fichu de la psychanalyse, quelle qu'elle soit, comme de mon premier slip. Pierre était juste pour moi un amer remarquable comme on dit en marine, un point de référence précieux. Car s'il était psychanalyste médiocre, c'était en revanche un excellent médecin au diagnostic juste et aux ordonnances mesurées. Avec Pierre, jamais vous n'aviez de diagnostic à l'emporte pièce et de prescriptions outrées. Pierre avait à la fois l'esprit de logique mais aussi cet esprit de finesse devenu si rare.

Et si j'ai l'habitude de me faire confiance, j'aimais en cas de doute infime l'inviter à déjeuner et lui présenter mon cas. Je le voyais alors en face de moi, plisser les yeux, je l'entendais presque réfléchir et puis il me donnait son avis. Si nous étions d'accord, lui et moi, on aurait pu avoir la faculté contre nous, que je les aurais tous envoyés chier. Pierre et moi, lui en analysant et moi en promouvant, on formait une équipe de choc imparable.

Je me souviens qu'au cours d'un de nos déjeuners, durant lequel nous avions mangé de la viande rouge saignante et bu du vin, car Pierre savait vivre, il m'avait dit qu'il y avait plus de mauvais psychiatres que de vrais schizophrènes. Comme il avait raison. D'ailleurs Jésus, dont j'ai abondamment parlé, lui doti beaucoup et il le sait fort bien. Alors qu'il se débattait avec ses curieux symptômes, j'avais eu deux compte-rendus à son sujet. L'un émanant d'un psychiatre hospitalier parlait d'une pseudo-psychose atypique et recommandait des neuroleptiques. L'autre émanant de ce cher Pierre, qui avait reçu Jésus sans le faire payer, était : "j'ai vu ton petit patient, il est charmant et attachant. Il n'est pas psychotique. Creuse un peu et tu trouveras la cause".

C'était aussi un érudit, issu d'une époque révolue, un médecin capable de parler couramment anglais et allemand, capable d'apprécier la lecture et l'art et non un de ces ânes diplômés qu'une simple IA remplacera bientôt. Un jour que je prenais un café avec Le Touffier et que je pestais contre les médecins, ce dernier prit mal la chose et m'expliqua que c'était mal d'en vouloir au corps médical. Je lui présentai mes excuses en lui disant que je n'en avais pas après TOUS les médecins mais juste après certains qui ne faisaient pas le minimum syndical. Je lui parlai alors de Pierre et décidai de lui présenter.

La semaine suivante, nous déjeunions tous les trois. Et lorsque le déjeuner fut fini, après trois heures passées à table, j'entends encore Le Touffier me dire que là, j'avais mis la barre haute, que Pierre était bien plus qu'un médecin mais un vieux savant. Et il rajouta que si c'était là mon exigence normale, je resterai déçu parce que ce genre de personne était en voie de disparition. Le Touffier avait eu raison : Pierre était un vieux savant, n'ayant rien à voir avec ce que le corps médical offre aujourd'hui. Ancien du CNRS (médaille d'argent), il disposait d'une culture scientifique remarquable toujours entretenue, même dans les dernières années de sa vie. 

Je l'ai vu la semaine précédent son décès. Il était très malade et il le savait. Il m'a expliqué qu'au mieux, il ne lui restait que trois années à vivre. J'en avais pris acte, me disant que c'était toujours cela de pris. Trois ans c'est mieux que rien. Finalement ce fut la dernière fois que je le vis. Lorsque son numéro résonna sur mon portable, c'était son épouse qui me parla. Je compris que si elle avait utilisé son téléphone, c'était pour trouver mon numéro et m'annoncer une mauvaise nouvelle. J'avais raison, il était décédé le matin même.

Ce dernier repas m'a marqué, non parce que c'est la dernière fois que j'ai vu Pierre, mais parce que c'est la première fois qu'il s'est autant confié. Je connaissais bien sur sa vie mais pas dans l'intimité. Ce jeudi là, il me parla. Et moi qui avait été son patient, celui qui se confiait, j'ai senti que quelque chose se passait, car c'est lui qui se confiait. Il émaillait son discours par des "ça ne t'ennuie pas qu eje te parle de tout cela ?" et bien sur je lui ai répondu que bien au contraire, c'était un bien grand honneur qu'il me faisait en me confiant ses tourments maintenant qu'il se savait en sursis. 

Je l'ai écouté patiemment me parler de sa vie, de ses peines, et Dieu sait s'il en a connues, ne l’interrompant jamais car cela n'aurait servir à rien. Au crépuscule de sa vie, les dés étaient jetés, il voulait juste parler, se confier, lui qui avait passé les dernières soixante années de sa vie à écouter les autres en tant que psychiatre. Il avait survécu à une famille pathogène au plus haut point puis à un divorce terrible ainsi qu'à la mort de deux de ses enfants et n'avait jamais perdu ni sa foi en Dieu ni son humanité. Et il me parla de tout cela d'une voix calme. Il me parla aussi de ses quelques années passées à Berkeley en tant que chercheur o! il avait enfin compris que la liberté est une vertu.

Il parla tant et si bien que nous restâmes quatre heures à table, enchainant café sur café. Il était dix-spet heures lorsque nous sommes sortis. Puis, je l'ai raccompagné à la porte de son immeuble et il m'a dit que cela lui avait fait beaucoup de bien de parler. Il a ensuite rajouté en souriant que j'étais un bon psy. Ça m'a fait très plaisir, non que je méconnaisse mes qualités, mais que venant de Pierre, c'était juste une manière de recevoir un brevet d'humanité et de bienveillance. Je lui ai demandé si je pouvais prendre sa suite et très sérieusement il m'a dit que je pouvais. J'avais au cours de ce repas, repris le flambeau. A moi de m'en montrer digne et de me montrer aussi bienveillant qu'il le fut pour ses patients. J'ai repris le métro pour rejoindre mon cabinet.

Trois jours après il décédait à l’hôpital Bichat laissant dans la vie de ceux qui l'avaient approché un grand vide qui ne se refermera jamais. Pierre était mon vieux maître mais aussi un véritable ami malgré les trente six années qui nous séparaient.

Dire que Pierre me manquera est une litote. Il laisse dans ma vie un grand vide que je ne comblerai jamais. Il me reste le souvenir de nos déjeuners, de ses précieux conseils, de son humanité, de sa gentillesse, de ses yeux bleus malicieux, de son immense culture, de l'agilité intellectuelle dont il faisait preuve, de ma surprise sans cesse répétée de me dire que ce vieil homme était bien plus jeune que bien des gens de vingt ans. Les souvenirs eux, ne meurent jamais, c'est déjà ça. 

Je retournerai régulièrement dans notre restaurant préféré rue Fabre d’Églantine, cet excellente adresse où lorsque nous entrions, moi le premier, je demandai d'autorité la meilleure table pour le professeur C. Ce sont vingt-quatre années de ma vie qui viennent de se clore brutalement.

Chaque année, les universités sortiront leur contingent de psychiatres mais moi j'aurais eu la chance d'avoir connu bien mieux : un vieux savant et un saint homme.

 Requiescat in pace ...



De profundis clamavi ad te, Domine, Domine, exaudi vocem meam.
Fiant aures tuæ intendentes in vocem deprecationis meæ.
Si iniquitates observaveris, Domine, Domine, quis sustinebit ?
Quia apud te propitiatio est, et propter legem tuam sustinui te, Domine.
Sustinuit anima mea in verbo ejus, speravit anima mea in Domino.
A custodia matutina usque ad noctem, speret Israël in Domino.
Quia apud Dominum misericordia, et copiosa apud eum redemptio.
Et ipse redimet Israël ex omnibus iniquitatibus ejus.
Requiem aeternam dona eis Domine, et lux perpetua luceat eis. Amen.

Les moments de grâce du marquis du mardi !


Depuis quelques temps déjà, je reçois tous les mardis un jeune marquis. Ce n'est pas le premier "aristo-catho" que je reçoive : loin de là ! J'ai à mon palmarès une collection de comtes, marquis et autres ducs à faire pâlir le meilleur des rallyes versaillais. Il se trouve que je collabore avec un vieux psychiatre catholique très investi dans les œuvres qui me les envoie par dizaines ou presque. A croire qu'il s'en est fait une spécialité !

Mais ce marquis là est spécial. Non du fait qu'il vive à Passy, c'est assez peu rare un marquis dans ces environs, ni qu’il soit particulièrement bien éduqué, c'est assez commun chez ces gens là aussi. On pourra entonner tous les chants révolutionnaires que l'on voudra, force est d'admettre que ce que l'on nomme la "vieille France" a de beaux restes en termes d'élégance et d'éducation.

Il se trouve simplement que mon marquis à moi, loin de la grossière caricature du "fin de race" que les rageux veulent toujours donner de l'aristocratie; est un modèle du genre. Brillantissime, cultivé à l'extrême, plein de jolies manières et pétri de bonne éducation, il n’hésite pourtant pas à jurer lorsque c'est nécessaire, prouvant là, qu'il est tout à fait capable de discuter avec la classe populaire si d’aventure l'idée lui venait.

Ce qui me charme en lui, c'est que malgré son jeune âge, c'est un véritable dandy. Son éducation et son maintient ne sont jamais un corset l'entravant mais bien au contraire une armature souple qui lui confère une parfaite dignité en toutes circonstances. Lorsqu'il débarque dans mon cabinet, précis comme une Patek Philippe, c'est l'histoire des grands boulevards qui débarque. En le voyant on pourrait croire que le café Riche ou le Hardy sont encore ouverts et qu'on pourra y souper avec Barbey d'Aurévilly ou Lautréamont. 

Tous les mardis, j'ai donc rendez-vous avec le monde d'autrefois, celui que j'adore et qui s'étend de Napoléon III aux prémisses de la Grande guerre, ce que l'on a pu nommer la Belle époque. Je réponds bien sur à sa demande spécifique, qu'il m'est interdit de citer ici, mais nous papotons aussi de choses et autres en honnêtes hommes. Quel plaisir de rencontrer quelqu'un qui a beaucoup lu, beaucoup de livres qui me plaisent et a su les apprécier à leur juste valeur. Quelqu'un qui préfère enfin Proust au laborieux Céline dont on nous rebat sans cesse les oreilles. Qui apprécie la grâce et le talent à leur juste valeur en les préférant au lourd labeur de percheron.

Comme tout individu brillant, il possède quelques traits histrioniques qui le servent sans jamais le rendre insupportable, ou juste ce qu'il faut pour ennuyer les quidams moyens qui n'auront jamais ni l'intelligence ni la finesse pour apprécier le tableau qu'il me brosse de lui à chaque séance. Car le coquin sait se mettre en scène et il le fait bien. Bien que jeune, il est largement au niveau d'un Robert de Montesquiou ou d'un Edmond de Polignac. Les années passant, gageons qu'il aura dépassé un Boniface de Castellane !

Un jour que nous discutions de Dieu, il m'expliqua qu'il en avait assez de tous ceux qui ne savaient y penser que pour demander mais sans jamais Lui rendre grâce. C'est ainsi qu'il m'expliqua que pour vivre heureux, il s'était entrainé à saisir les petits moments de grâce qu'il pourrait vivre et en remercier Dieu.

Lors d'une séance, continuant sur, sur sa lancée, il m'expliqua en ces termes la singulière expérience qu'il venait de faire : "Je prenais un café dans un établissement près du Louvres tout en écoutant une chaconne pour luth de Robert de Visée. Lorsqu'avisant la pluie qui tombait, je pris conscience qu'elle marquait exactement le rythme de cette chaconne. Je rendis grâce à Dieu pour ce moment qu'il venait de me faire vivre et surtout pour m'avoir permis d'en prendre conscience".

Tout ceci pourrait sembler bien affecté et un fâcheux pourrait même décider que ce ne sont là qu'affèteries de vieille chatte, mais je suis persuadé du contraire. D'une part parce qu'il m'est agréable face à la vulgarité qu'offre notre monde de constater qu'il existe de rares individus capables d'être des traits-d'union avec ce qu'il offrit de meilleur voici un peu plus d'un siècle.

Et enfin parce que sous ses abords un peu précieux, la réflexion de mon marquis du mardi est sans doute la manière la plus simple et la plus saine de lutter contre la dépression. Plutôt qu'attendre, tendu à l’extrême, que le monde nous offre quelque chose d’extraordinaire, richesse, notarié ou que sais je encore, que l'on nous croit dû, être justement capable de se réjouir de ces minuscules moments de grâce qui ne coûtent rien et qu'on a trop tendance à ignorer !

Par ces quelques lignes, je rends donc grâce à mon jeune seigneur du mardi de me rappeler, moi qui ai vingt ans de plus que lui, à un peu de sagesse élémentaire. Ainsi, pour le remercier de m'avoir fait me souvenir de ce age principe, je lui ai offert un sympathique petit livre, qui s'il n'est pas une somme sur le dandysme; n'en est pas moins le vade-mecum que se doit de posséder tout dandy en herbe !


15 janvier, 2018

Hop ! Eloge funère et chaconne pour luth !

Bon vous aurez noté que j'ai bien écrit. J'avais promis l'éloge funèbre de mon vieux maitre mais c'est un article plus littéraire qui demandera plus de temps. Mais je m'y suis mis, j'espère qu'il sera bien. Sinon, j'ai aussi un truc en préparation vachement joli sur les moments de grâce de mon marquis du mardi qui devait être joli comme tout. Mais ça aussi ça demandera du temps !

Pour vous préparer à ces futurs articles je vous laisse en compagnie d'une chaconne pour luth de Robert de Visée jouée avec un théorbe qui n'est qu'un gros luth. Bon c'est assez chiant mais si vous ne connaissez ni le luth, ni Robert de Visée ni ce qu'est une chaconne, vous perdrez pied lors de mon prochain article ! Et ceux qui n'ont toujours pas compris qu'un théorbe n'est autre qu'un gros luth seront carrément noyés.

Ben oui parfois je relève le niveau. Y'a pas que le Kangoo dans ma vie, y'a les chaconnes de Robert de Visée que j'écoute d'ailleurs en roulant dans mon Kangoo vu que la carrosserie nue en tôle fait une sacrée caisse de résonance. Lubies de merde mais fin musicien tout de même !

Je dois d'ailleurs dire que Le Touffier qui est un très riche chirurgien ne savait pas ce qu'était une chaconne et ne connaissait pas Robert de Visée ! Il avait fait une recherche sur internet en orthographiant Robert Devizet ! Comme quoi on peut avoir du papier à en-tête très cher et suivre les usages et être d'une inculture crasse. Mais bon je lui pardonne.

Je suis sur qu'il ne sait même pas qu'une chaconne commence fréquemment en anacrouse sur le deuxième temps, contrairement à la passacaille dans laquelle le procédé est bien plus rare. Mon Dieu y'a des gens qui n'ont pas le minimum vital pour vivre en honnête homme. Comme quoi l'argent ne fait pas tout. Souvenez vous en quand vous verrez passez un pauvre gars en Kangoo. Dites vous qu'il n'est peut-être pas riche mais sait distinguer une chaconne d'une passacaille. Ce sont des détails qui comptent !

Sinon je n'ai pas fait d'articles sur Johnny Halliday ou France Gall. Ceci dit, paix à leur âme mais je ne vois pas pourquoi j'en ferai même si le Gringeot a descendu les Champs Élysées sur sa Harley pour le décès de Johnny.


Anxiété ou phobie !

Et hop dans le cul la caméra ! (nettoyer après usage)

L'année passée, un jeune gars fort bien mis est venu me consulter pour des angoisses. D’après lui, il en avait tellement qu'à certains moments ça perturbait sa digestion. Et parfois, enfin disons pas toujours, mais ça lui était arrivé, l'anxiété était si forte qu'il avait envie de se vider soit par en haut en gerbant comme un cochon soit par en bas en se laissant aller à une diarrhée sonorore. Autant vous dire, que même si je prends le truc à la légère, sa vie était pourrie. 

Où qu’il soit sauf chez lui, sa hantise c'était d'être pris d'angoisses incoercibles et d'avoir envie de vomir ou de déféquer ! Ça parait con en le disant mais c'était devenu un vrai handicap social. Il était perpétuellement aux aguets, sitôt hors de chez lui, à l'écoute du moindre gargouillis gastrique annonciateur d'une vidange violente. 

Comme je suis le roi de langoisse qui se traite plutpto bien, sauf le trouble anxieux généralisé, j'ai fait un travail d’enquête. Et je suis arrivé à la conclusion que ce n'était pas l’angoisse qui provoquait les gargouillis funestes mais l'inverse; à savoir les gargouillis qui généraient l'angoisse. Bref, j'en étais aussi sur que lorsque le commissaire Maigret met la main sur un suspect, ce n'était pas une angoisse mais une phobie. 

Le pauvre gars ayant eu à quelques reprises de grosses frayeurs jusqu'à risquer de salir son caleçon, il en était venu à vivre l'oreille à l'affut du moindre remugle gastro-intestinal. Je lui ai donc dit qu'à l'origine il y avait forcément un problème physiologique à régler. Je lui ai conseillé d'en parler à son médecin traitant. 

Lequel médecin m'a fait savoir par l'entremise de mon jeune patient, que c'était gentil et pas sot d'y avoir pensé mais que les analyses de sang ayant été faites, il n'y avait aucun souci. C'était la fin de non recevoir ue manière de me dire que je ne suis pas trop con pour un psy vu que je n'oublie pas qu'il y a aussi un corps et pas que des idées mais que bon, je ferais mieux de m'intéresser à ma pratique plutôt qu'à la belle noble médecine réservée aux être exquis sélectionnés parmi les meilleurs.

Comme je ne suis pas du genre à me mettre au garde à vous devant un médecin, surtout un généraliste, j'ai dit à mon patient que tant qu'on ne lui aurait pas mis une caméra dans le fion, on ne saurait rien et que j'avais besoin d'un diagnostic différentiel et que son putain de généraliste avait intérêt à lui prescrire un rendez vous chez un gastroentérologue !

On m'a envoyé me faire foutre une nouvelle fois en soulignant combien j'étais un brave garçon de me soucier de tout cela mais que bon, la médecine était vraiment réservée à l'élite de l'élite et non à des cons qui roulent en Kangoo et utilisent un trackball.

Mon patient lui même perdait un peu patience et, bien qu'on s'apprécie en était venu, le fou, à douter de moi et de ma capacité à traiter son cas ! Je lui ai dit que je ne me trompais jamais quoiqu'en pensent les esprits mal intentionnés. Et que quand je ne trouvais pas c'est qu'il y avait de la biologie dans l'air et qu'on pourrait se voir jusqu'à ce que l'un de nous décède, le fait de parler ne réglerait pas son problème de tuyauterie ou de trou de balle.

J'en ai profité pour lui affirmer que douter de moi c'était avoir un transfert très négatif et que c'était le signe qu'il deviendrait sans doute un tueur en série redoutable et qu'il se pourrait même qu'il ait une problématique zoophile dont il faudrait parler tôt ou tard. Comme il ne voulait ni tuer des gens ni sodomiser un hamster, il m'a écouté et a pris de son propre chef et sans rien dire à son médecin traitant, un rendez vous chez un médecin spécialisé qu'il a joliment baptisé docteur caca vu que sa spécialité c'est de mettre des caméras dans le cul.

Et bien le brave docteur caca, qui est plus intelligent que le généraliste vu que lui il est spécialiste et a donc mieux réussi le concours de l'internat, il a bien vu en mettant son œil expert dans le fion de mon patient qu'il y avait un truc pas clair. Alors il a dit qu'il fallait des analyses vu qu'on ne savait pas si c'était grave ou pas.

En fait les analyses ont révélé qu'il n’y avait rien de grave mais simplement des bactéries à la con qui lui foutait le bordel dans les intestins, un truc banal mais qui si on ne le traite pas suffit à foutre une vie en l'air. Il lui a filé de l'oméprazole, c'est à dire du bon vieux Mopral, un truc pas cher qui a fait ses preuves.

Quelques jours après avoir commencé le traitement, tout rentrait dans l'ordre et mon petit patient retrouvait un transit intestinal aussi fluide que le périphérique un quinze aout. Depuis il fait des selles bien moulées et je l'encourage à les prendre ne photo pour les mettre sur instagram vu que tout le monde publie n'importe quoi là-dessus.

Des selles bien moulées, un transit intestinal parfait, merci Mopral ! Et bien sur merci à moi et non aux quatre charlots qui m'ont précédés et qui ont pourri la vie de mon patient depuis dix ans en lui parlant de son papa et de sa maman, même si ce n'est pas très déontologique de dire cela. En plus je n'ai pas eu l'impression d'avoir fait preuve d'une intelligence hors du commun. Différencier une phobie d'une angoisse ça reste assez basique. Faut juste écouter les gens. Je pense qu'un mécanicien compétent doté d'un simple CAP fait la même chose dans son boulot. S'il avait été anxieux, les troubles gastro--intestinaux se seraient manifestés après la crise alors que là ils se manifestaient avant !!! C'est pas sorcier tout de même !

J'ai demandé à mon patient s'il avait revu son généraliste pour lui dire qu'il s'était trompé et que c'est moi qui avais raison mais il ne l'a pas fait. Bon bien sur je le comprends. Mais bon n'empêche que j'aurais bien aimé que ce cuistre sache que quand je dis un truc, ce serait bien de m'écouter même si il pense que les psys sont des cons.

Le Touffier qui est un très riche chirurgien et qui est très très corporatiste et défend toujours les médecins, m'a dit que j'aurais du faire un courrier plutôt que de passer par mon patient. Il n'a pas tort. Les usages auraient voulu que je prenne du papier à en-tête que de ma plus belle plume j'explique à ce médecin ce que j'avais constaté. Mais bon, j'ai des cartes de visites mais pas de papiers à en-tête. Je ne suis pas un riche chirurgien moi ! 

Mais bon, sur ce coup Le Touffier qui est un très riche chirurgien a raison. J'ai agi en gougnafier et peut-être que je vais consentir à me faire faire du papier à en-tête. Tiens ce serait bien que Le Touffier me le finance vu qu'il est un très riche chirurgien et que moi je ne suis rien à côté de lui. Si je le flatte un peu; j'y arriverai peut-être ! Les chirurgiens sont d'une telle fatuité ! Alors que moi, je reste le gars simple et gentil qui rend service mais ne la ramène pas.

L.e proverbe du jour sera donc : selles bien moulées, bonheur assuré !


Bons achats !



J'ai enfin retrouvé un trackball, vous savez ces drôles de souris qu'on manipule du bout du poule au moyen d'une grosse boule. J'en avais un quand j'étais plus jeune et puis j'en avais plus. Et j'en ai de nouveau un puisque Logitech en refait. Le vieux avait une boule rouge et celui-ci une boule bleue. Autant vous dire que je suis content. Comme quoi, je suis très sage parce que je me contente de peu.

Sinon, comme je vous le disais dans l’article précédent je me suis trouvé une lubie estivale consacrée aux camionnettes. Allez savoir pourquoi puisque je ne bricole pas vu que j'ai deux pieds gauches à la place des mains et que je ne livre rien de volumineux. Ca 'est tombé dessus comme ça. J'ai pensé camionnette durant une semaine entière ! Nuit et jour comme un bipolaire en phase maniaque ! Efin un peu moins tout de même. Mais bon, à la fin je connaissais tous les modèles et leurs performances et j'aurais pu mettre minable le premier vendeur venu de chez Renault ou Mercedes ! Parce que je connaissais les modèles actuels mais aussi anciens. 

Alors j'ai craqué. Je me suis offert une superbe Renault Kangoo bleue avec pas mal de kilomètres vu que je me suis quand même calmé sur le fric que j'allais y consacrer. Comme je n'en fais rien si ce n'est rouler pour aller acheter du main, un Kangoo neuf ne m'était pas d'une grande utilité. Mais bon, j'ai pris un modèle avec climatisation, phare antibrouillards et commandes de l'autoradio au volant sil vous plait ! Pas un truc de pue-la-sueur, non le Kangoo de patron !

Alors comme j'adore mon Kangoo je suis toujours dedans même que je dois être le seul mec qui laisse une belle Jaguar au garage pour avoir le plaisir de rouler en camionnette. Et quand on me croise dedans, enfin les gens qui me connaissent, on me demande pourquoi je roule là-dedans. Et quand je dis que c'est mon Kangoo alors là les gens ont du mal à comprendre et décident de ne rien comprendre et me foutent la paix. Si j'en ai envie je roule en Kangoo.

Cet été en débarquant à Bastia sur le parking de l'aéroport j'ai constaté qu'il y avait beaucoup de Kangoo ! La Corse en plus d'être l'ile de Beauté est aussi l'ile des Kangoo même si soyons francs on y croise aussi du Peugeot Partner ! Parce qu'il faut dire la vérité. La franchise est la qualité première chez les camionnettophiles !

J'ai un trackball et un Kangoo et je suis content. Comme quoi il aura fallu que j'attende cinquante et un ans pour être pleinement heureux ! Je crois que je m'étais toujours interdit de posséder une camionnette !

Ma psychanalyse avance, lentement mais surement !

Réponses aux mails !


 Phylica arborea



Je présente toutes mes excuses aux nombreuses personnes qui m'ont écrit sur mon mail et auxquelles je n'avais pas encore répondu. Il se trouve que je souffre de deux handicaps. D'une part, je suis un dangereux "lubique", c'est à dire que je souffre de lubies diverses et variées qui m'obligent séance tenante à m'intéresser à tout et n'importe quoi d'une manière obsessionnelle jusqu'à ce que je m'en désintéresser brutalement.


La survenue de ces lubies est variable. Parfois je n'en ai pas et me contente de vivre benoitement comme tout un chacun affrontant chaque jour qui passe avec l'esprit clair. Parfois, elles s'enchainent les unes aux autres. Certaines durent un soir et d'autres un mois. C'est variable. J'ai aussi noté que l'été était propice aux grandes lubies. Ainsi cette année, c'était les camionnettes, l'année d'avant furent consacrées aux maisons closes tandis que l'année précédente je m'étais passionné pour les cartels de la drogue mexicain. Un an avant, c'était l'Everest qui avait eu ma faveur et j'avais acheté des tas de livres sur le sujet, moi qui pleure de rage quand un escalator est en panne et que je vais devoir prendre un escalier de vingt marches ! 

Ces grandes lubies sont évidemment entrecoupées de petites lubies que j'assouvis l'espace d'un soir sur ma tablette en regardant en même temps une série stupide. Ce qui me force à mettre sur pause régulièrement et à demander à mon épouse ce qui s'est passé vu que je perds le fil régulièrement. Elle s'énerve et me dit de me concentrer sur ce que l'on regarde. Et moi je me mets à geindre comme quoi elle n'a aucune empathie ni charité envers moi vu que je suis "lubique" et que je n'y peux rien si une5  force me pousse à lire tout et n'importe quoi !

Par exemple, je peux me passionner pour les bombardiers de l'entre-deux guerres un soir et le lendemain trouver que la Peugeot 305, voiture des plus banales, vaut tout de même le coup que j'y consacre trois heures.

Pourquoi parler de ces lubies alors que j'avais entamé cet article en présentant mes excuses pour ne pas avoir répondu assez vite à vos mails ? Et bien simplement parce que ces lubies m'amènent parfois à m'inscrire à des forums complètement cons que je parcours avidement l'espace d'un soir pour les oublier le lendemain. C'est ainsi que ma boite mail se retrouve encombrée de notifications de ces forums et que lorsque je l'ouvre je perds parfois espoir de m'y retrouver.

Le forum Peugeot 305 m'a ainsi écrit ainsi que celui consacré aux Renault Kangoo. Mais celui consacré aux espèces botaniques subantarctiques n'est pas en reste. Celui ci il date de l'époque où passionné par les Kerguelen, je m'étais dit que je ne pourrais pas mourir s'en m'être offert un phylica arborea, un petit arbuste pas très beau qui pousse sur l'ile d'Amesterdam au bout du monde ! J'ai aussi eu une lubie pour les peintres pompiers et ai immédiatement souscrit un abonnement à un site recensant toutes les ventes dans ce domaine. Depuis je vous avoue que Bouguereau ou Winterhalter n'occupent plus mes vraiment mes pensées mais je reçois toujours les résultats des enchères des salles de ventes du monde entier.


Peugeot 305 GL de 1977
 (aucun intérêt sauf pour moi parce que je suis un peu con)


Il me reste de cela une culture étrange faite de tout un tas de connaissances disparates et sans aucun lien entre elles, un peu comme la maison d'un vieux qui souffrirait de syllogomanie et ne jetterait rien. Si on m'autopsiait et qu'on découpe ma calotte crânienne on trouverait tout et n'importe quoi et peut être même que cela sentirait le pissât de chat car il est bien connu que les gens qui souffrent du syndrome de Diogène sont amateurs de chats. Moi je m'en fous je préfère les chiens vu que les chats sont bêtes et fourbes. Mais là n'est pas le sujet !


Bref vous l'aurez compris mon mail est tellement saturé de messages merdiques que je ne cesse de recevoir des notifications de toutes part ! et il suffit que je l'ouvre pour que je perde tout espoir, un peu comme quand on doit vider une maison de famille dans laquelle sont amassés les souvenirs de six générations. Et comme je ne suis pas très courageux parce que je suis plutôt du genre sprinter que marathonien, ben je referme mon mail et je me dis que je répondrai plus tard ce qui est mal.

Parce qu'en plus d'être lubique je souffre aussi de procrastination. Je suis ce qu'on nomme habituellement un traine-cul, un mec qui sait ce qu'il a à faire, vu que j'ai une excellente mémoire, mais qui a du mal à se mettre en route. Une fois que je m'y suis mis, ça va, j'abats de la besogne. Mais pour m'y mettre...

Une de mes patientes me demandait si je pouvais l'aider à traiter sa tendance à procrastiner. Je lui ai dit que je connaissais bien le sujet. Finalement, même si des exercices existent, le meilleur moyen reste de se botter le cul et de se dire de s'y mettre. Ce que je fais régulièrement. Je glandouille dans mon énorme canapé douillet et parfois, je me dis : allez bouge toi le cul tu seras content.

Je l'ai fait ce soir. J'ai répondu à vingt trois mails. Je suis content, je suis un bon garçon. Je suis en progrès. Mais bon, je mourrais ainsi en me disant que ces vilains défauts font tout mon charme.

J'ai un côté pétasse !

Encore une fois, mille excuses pour avoir tardé pour vous répondre.

William Adolphe Bouguereau
"Le gringeot et sa soeur quand c'était rien que des traine-guenilles"
Huiles sur toile

12 janvier, 2018

Anniversaire !


Oui, c'est le douze janvier et je fête mon cinquante-et-unième anniversaire. Enfin, dire que je le fête est un bien gra2 nd mot. Dans les faits, je n'ai pas fêté un anniversaire depuis mes vingt-neuf ans. Très jeune j'ai compris que ces fêtes ridicules étaient juste le moyen de prendre de manière positive cette date funeste qui chaque année me rappelle que je fais un pas de plus vers la tombe. 

L'an dernier un ami a eu le droit à un anniversaire surprise pour ses cinquante ans. Et son épouse, un peu bébête a dit à mon épouse que ce serait bien qu'on fasse de même pour moi. Cette dernière me connaissant bien lui a répondu que ce serait la dernière chose à me faire. Elle ne savait pas si cette surprise me donnerait envie de me prendre ou de m'enfuir dans la nuit pour aller mourir de froid tout seul ! Bref, j'adore les dizaines de mots que je reçois le douze janvier parce que c'est toujours sympa de voir que tant de gens pensent à moi, mais il ne me viendrait pas à l'idée d'en faire une fête !

Et ce d'autant plus que si mon esprit reste le même, je constate tout de même que mes plus jeunes patients pourraient être mes patients. Ainsi, j'en reçois une née en 1992 et parfois lorsqu'elle me parle, je me dis qu'elle pourrait techniquement être ma fille ! C'est fou non ?

C'est d'autant plus fou que je n'ai pas vu le temps passer. La vie passe vite. C'est un fait. 1992 pour moi, c'était hier. On votait pour Maastricht. Et d'ailleurs j'avais voté contre et on m'avait traité au mieux de vieux con ne connaissant rien au progrès ou au pire de facho. Et moi j'avais répondu que tout cela finirait mal et qu'ils pouvaient tous aller se faire foutre. Déjà jeune, puisque je n'avais que vingt-cinq ans, j'avais fait mon adage de cette phrase : chacun mes idées !

Bref aujourd'hui, douze janvier, je suis d'humeur morose. Je pense à la vie qui a défilé si vite. Cela n'a rien de grave parce que j'aime bien de temps en temps être d'humeur morose, ça fait chic, ça fait vieux dandy pensif.

Dans ces moments là, je me dis que je n'ai pas fait grand chose de ma vie, que j'aurais du prendre telle ou telle direction. Je vois des gens de mon âge déjà célèbres depuis longtemps parader à la télévision, me jetant leur gloire au visage alors que moi, je n'ai même pas une page Wikipédia.  Bref; je suis morose, je me vautre dans mon humeur terne comme un marcassin dans sa soue et je suis content. Je me dis qu'à défaut d'être célèbre, je suis un mec vachement intelligent qui au lieu de se réjouir comme les ânes vulgaires le jour de son anniversaire, se penche sombrement sur son passé et envisage son avenir d'une manière sombre. Saturne m'empoisonne, me forçant à me concentrer sur l'essentiel et j'adore ça.

Bon, bon anniversaire à moi et à ceux qui sont nés ce même jour !

01 janvier, 2018

Je souhaite à mes chers lecteurs et lectrices une bonne et heureuse année 2018. Comme le temps passe. J'ai commence ce blog en 2006. Les années deux-mille ça semblera toujours récent mais souvenons nous que les enfants qui sont nés l'année de naissance de ce blog maitrisent aujourd'hui le fonctionnement d'un smartphone et d'une tablette et commencent déjà à emmerder leurs parents avec des velléités d'indépendance.

Me concernant, je n'ai toujours pas racheté d'Imac parce que je ne le ferai qu'une fois ma Jaguar vendue mais je me suis offert un trackball, vous savez ces drôles de souris fixes que l'on manie du bout du pouce sur une boule. Ca me rend déjà très heureux. Comme quoi, il m'en faut bien peu pour être heureux. Voilà une preuve de vraie sagesse !

Sinon, je n'ai toujours reçu de cadeau de Noël. Tant pis, ça fera mon anniversaire. Mon épouse qui connait bien mes lubies extravagantes et stupides, ne m'a même pas demandé ce que voulais faire d'un squelette grandeur nature. Mais comme elle est bien loin d'être sotte, elle m'a dit qu'elle vérifierait que le matériau qui le constitue soit bien adapté aux intempéries. Elle se doute que je veux le mettre dehors.

Fichtre, moi qui pensais être une sorte de génie mutique dont les intentions n'étaient accessibles à personne, voici que je suis percé à jour comme un enfant de deux ans ! Tant pis, car si elle soupçonne l'utilisation que je veux faire de ce squelette, elle n'a pas encore deviné mes noirs desseins.

Mais comme elle me connait bien, elle se doute qu'entre l'idée et la réalisation, il pourra se passer un temps indéfini et que ce squelette a toutes les chances de rester bien à l'abri dans son emballage.

M'en fous l'important c'est d'avoir des idées. D'ailleurs, un mien ami, qui malgré sa prodigieuse intelligence se trompe tellement qu'on l'appelle la "boussole inversée, celle qui indique le sud quand on va vers le nord, m'a dit une fois une chose très juste. Il m'a dit, me fixant de ses yeux bleus acier : toi tu aimes rêver les choses mais pas les réaliser.

Voilà, c'est là, tout mon drame. Tant pis, ce n'est pas à mon âge qu'on prend de bonnes résolutions pour tout changer. A cinquante ans, tout est écrit, on ne refait pas sa vie quoiqu'on en dise. Je resterai donc à jamais un génie inconnu et quand Dieu décidera qu'il est temps pour moi de faire mes bagages, je rejoindrai la cohorte de mes prédécesseurs, ces génies inconnus que justement nul ne connut.

Puisque l'on en est à parler de la mort et que j'ai assisté aux obsèques de mon vieux maitre et ami le vendredi précédent Noël, je lui rédigerai un éloge funèbre rien qu'à lui.

Sur ce, et malgré ces pensées sombres, je vous renouvelle tous mes vœux de bonne et heureuse année à vous ainsi qu'à vos proches.

24 décembre, 2017

Cadeaux de Noël !


Mon épouse qui est très prévoyante me demande toujours six semaines avant Noël ce que je voudrais comme cadeau. Et moi, je ne sais jamais ! J'ai pas d'idée. Il faut dire que je suis le mec frugal qui se contente de peu. Une table en terrasse, un double express, mes JPS, un bon livre ou de la compagnie et je suis heureux. C'est vous dire si je suis un gros ascète ! Pour paraphraser mon confrère blogueur FDP de la mode, je suis carrément même un gros Jean Moulin de l'ascèse et de la frugalité. Je suis le mec qui n'a besoin de rien !

Ce qui agace évidemment mon épouse qui aime bien prévoir et se retrouve fort déconfite quand elle n'a rien à m'offrir. Mais moi, étant frugal; je m'en fous. Les idées, je les ai après Noël ! Enfin, là l'idée je l'ai eue aujourd'hui puisque je lui ai dit que je voudrais bien un squelette. Comme elle me connait, elle ne m'a même pas demandé pourquoi, ni ce que j'allais en faire. Je veux un squelette, c'est tout ! Évidemment, je sais ce que je vais en faire, même que je vous montrerais et que vous trouverez cela super chouette, rigolo et malin. Vous vous direz que je suis vraiment un gros Jean Moulin de la farce si tant est que l'on puisse associer le nom de ce résistant au terme de farce ! 

Mes cadeaux, je les ai eus hier. Comme d'habitude, j'avais besoin de prendre l'air, ce qui pour moi consiste à retrouver vite fait une table de café, un livre ou des gens et mes clopes. J'ai donc pris ma voiture pour aller vers ma brasserie favorite. J'y inviterai bien le Touffier à déjeuner mais pour le bouger lui, c'est un enfer. J'y inviterai le Gringeot qui est un vieux mobile puisqu'il a toujours une de ses Harley prête.

Je retrouve un gars sympa, un gestionnaire de fortune avec qui justement on ne parle jamais de gestion de fortune mais de tout un tas de trucs passionnants. Je traine et je me dis qu'il serait peut-être temps de rentrer. Aussitôt dit, aussitôt fait. Et hop me revoilà dans mon auto à faire le chemin inverse en passant par une petite route qui traverse un bois. Et là, y'a un stop que personne ne respecte puisqu'il protège une route d'où personne ne vient jamais. En plus, comme on a une super visibilité, on ralentit, on voit qu'il n'y a rien à deux-cents mètres et on accélère. Or, le stop comme son nom l'indique nécessite un arrêt total. Bref, je suis un putain de contrevenant, un outlaw.  Carrément un gros Jean Moulin de la contravention.

Comme d'habitude et comme tout le monde, je ne le marque pas et là, paf ! Planquée dans une encoignure, une bagnole de poulets. Une Kangoo sérigraphiée. Comme il fait nuit, moi je trace et je me dis que le temps qu'ils fassent demi-tour, je serai déjà loin.  Je me dis même que peut-être qu'ils jouaient à la belote en buvant des bières dans le Kangoo. C'était sans compter sur le dieu des flics qui se manifeste devant moi sous la forme d'une vieille Citroën qui se traine à trente à l'heure et que je ne peux pas doubler vu l’étroitesse de la route. Sinon j'aurais tracé comme un grand, l'air de rien. Oui, c'est mal, je suis une racaille. Mais bon comme on dit, pas vu, pas pris.

Et hop, gyrophare en marche et qu'ils me collent au cul. Là, à moins d'être sourd et aveugle, pas moyen de les ignorer. Et je n'ai même pas un pote armé sur le siège passager pour leur tirer dessus ! Non, je plaisante bien sur ! N'allez pas imaginer n'importe quoi ! Non mais oh.

Je me gare, je descends, et un des flics me dit d'attendre dans mon véhicule, ce que je ne fais pas vu que je ne suis pas américain et que je ne vais pas attendre les mains sur le volant comme dans un film. Comme il fait une tête de moins que moi et sans doute la moitié de mon poids, il ne me dit rien. C'est alors son chef qui me demande le permis et les papiers du véhicule. J'ai le permis sur moi mais pas les papiers que je conserve chez moi même si c'est pas bien vu qu'il faut les avoir dans le véhicule

Le mec prend alors mon permis et demande un tas de truc à je ne sais pas qui, dès fois que je serais la réincarnation de Mesrine ou que je conduise sans permis. Mais bon, tout est ok.  Il me demande alors si je sais pourquoi il m'a arrêté et je lui réponds que oui, c'est parce que j'ai confondu le stop avec un laisser le passage. Il me demande si je prends souvent cette route et je lui réponds que oui et que c'est pour cela que, comme tout le monde, je ne respecte pas le stop, vu qu'il ne sert à rien. Je lui dis que comme tout le monde, je me contente de ralentir. Et là, alors que je m'attends à une admonestation, le voilà qui me rend mon permis et me dit que ça va pour cette fois. Je l'ai remercié et lui ai souhaité un joyeux Noël aussi. Ils devaient avoir des ordres du maire, dans le genre d'inspirer la peur du gendarme sans pour autant trop faire chier les gens. C'est sur que maintenant, ce putain de stop je le respecterai. Même s'il ne sert à rien !!!

Ceci dit vu que j'étais un peu énervé, peut-être que j'aurais fini en garde à vue ce soir là parce que je n'avais pas envie de jouer le gentil mouton. Je n'en sais rien puisque je n'ai rien eu. Je pensais à notre premier ministre et  son vol à 350 000 euros et je me disais que j'en avais un peu raz le cul d'être un connard de citoyen. En plus, m'étant toujours défini comme anarchiste de droite, j'aime pas la maréchaussée. Je ne me sens pas au dessus des lois, je ne suis pas sociopathe mais bon, j'aime pas l'état et ses milices.

Ça ne m’empêche pas d'avoir des flics dans ma clientèle, qui sont très sympas. Déjà parce qu'il y a un biais de recrutement et que le flic qui me consulte est forcément un peu à part. Et enfin, parce que ma clientèle c'est sacré et que flic ou pas, je les défends toujours. J'aurais pu recevoir Jack l'éventreur, je lui aurais trouvé des excuses. Je suis un affectif, j'ai besoin d'aimer les gens pour les aider. Je suis un gros Jean Moulin de l'affection !

Je repars doucement et là, peut être cent mètres plus loin, deux cons de chevreuils traversent devant moi. Si rapidement que j'en heurte un. Et pourtant, je ne roulais pas vite ! Il tape dans le parce-choc il rebondit sur la route, roule sur lui même et hop, dans le faisceau de mes phares, le voilà qui se remet droit et repart au galop. Putain, c'est solide un chevreuil ! Je e dis que tant mieux, il n'est pas mort mais je me demande ce qu'a ma bagnole. Et dix minutes après, de retour chez moi, je me gare, je descend pantelant, m'attendant à voir des dégâts et que dalle ! Pas un pet, pas une égratignure, ma caisse n'a rien !

Voilà, j'ai eu mes cadeaux. Je n'ai pas respecté un stop et je m'en tire sans prune ni retrait de points. Puis, je tape un chevreuil et que dalle. Lui, il est toujours en vie et je n'ai même pas un phare cassé.

Merci à mon ange gardien et bien sur, joyeux Noël à tous les flics qui me liront et au chevreuils aussi.

Bon je vous quitte, il y a des tas de gens chez moi, il serait peut-être temps que j'aille les saluer. Je crois qu'on reçoit.